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  • yzoisa

Résidence IFM Kénitra - Jour#3

Les rues de Kénitra sont envahies par les chats errants. Faméliques, sales et malades, ils tentent de survivre en cherchant leur nourriture dans les poubelles parmi les déchets.

J’ai vu peu de chiens errants en revanche. Or j’ai appris que les chiens sont mal considérés et craints par les Marocains qui les maltraitent, même quand ils leur sont utiles pour la garde.


En ce troisième jour, je me suis donc intéressée à la cause animale au Maroc. C'est un sujet qui m'est cher et que, dans mon travail je traite notamment au travers de ma thématique Exploitation.


Pour la plupart des Marocains, il n’est pas question d’avoir un animal à la maison, ni dépenser de l’argent pour un animal qui ne sert à rien.

Pourtant, il parait qu’une tendance s’est installée depuis quelques années, que les animaux de compagnie ont de plus en plus la cote auprès des Marocains ; en témoigne le nombre croissant de vétérinaires en exercice. Mais encore nombre de propriétaires d’animaux achetés ou adoptés sur un coup de cœur n’hésitent pas à les abandonner pour les motifs les plus divers, tout en étant réticents à les stériliser.

Ainsi la surpopulation des animaux errants pose un véritable problème de santé publique au Maroc.

Les associations (*) tentent de mettre en place des actions de vaccination et stérilisation d’animaux relâchés ensuite dans leur environnement (un marché, un quartier, etc.). Le but : une fois relâchés, leur présence empêche de nouveaux chats de s’installer, leur nombre se stabilise et leur population reste en bonne santé, en prévenant notamment le développement de maladies transmissibles à l’homme. Un avis que partage l’Organisation mondiale de la santé, pour qui seules des campagnes de vaccination de masse, conjuguées à la stérilisation, peuvent efficacement lutter contre le virus de la rage.

Pourtant, les autorités locales choisissent encore souvent d’autres moyens. Les fourrières du royaume ramassent régulièrement les chiens et/ou les chats dans les rues. Entassés dans des cages, ils sont généralement, en l’absence de services vétérinaires dédiés, empoisonnés à la strychnine, ce qui occasionne une mort douloureuse. Il n’est pas rare de voir les communes se résoudre à déposer carrément du poison, dissimulé dans des appâts, au coin des rues, dans les villages ou sur les plages (ce qui pose aussi le problème de toucher d'autres espèces non visées mais impactées), ou faire appel à des chasseurs qui tirent à vue.


Les mules, les ânes et les chevaux servent encore aujourd’hui de moyen de transport de marchandise ou de personne, soit parce que, comme à Kénitra, la pauvreté ne permet pas l’achat et l’entretien d’un véhicule à moteur, soit parce que, dans quelques zones il n’y a pas d’autres alternatives. Ces animaux souffrent aussi, sont traités d’une façon absurde, et ne sont ni respectés ni protégés. Bien qu’ils aient absolument besoin des services indispensables de leurs animaux, les personnes qui les possèdent croient qu’il est normal de les battre pour qu’ils avancent.


Bien sûr, aux défenseurs de la cause animale on oppose l’argument de la pauvreté. Avant de songer au bien-être de ses animaux les décideurs doivent songer à l’homme. Parce que la maltraitance animale n’est pas une affaire de religion - la prise en compte attentionnée du bien-être des animaux est clairement affirmée dans le Coran (**) - mais bien de développement (encore que, dans nos pays développés, les souffrances animales ne sont pas inexistantes et sont souvent liées aux impératifs de rentabilité économique).

Au Maroc, il faudra du temps et de la prudence pour déconstruire systématiquement et avec efficacité tout argument qui pourrait laisser croire que la protection animale n’est pas une priorité, et que se soucier du bien-être d’un animal équivaut à se moquer de celui de l’humain.

Membre de l’organisation mondiale pour la santé animale (OIE), le Maroc a proposé, en 2013, un projet de loi (n°122-12) interdisant notamment le mauvais traitement ou l’abus des animaux en captivité. Cependant, le projet de loi proposé ne semble pas s’appliquer aux mauvais traitements dus à la négligence, et n’incorpore pas tous les principes directeurs et normes de l’OIE en matière de bien-être animal, affirment les chercheurs.

Mais surtout, ce projet de loi a terminé sa période de consultation mais n’a pas encore été adopté.


>>> J'aurai pu évoquer aussi d’autres maltraitances dont je ne suis pas témoin ici à Kénitra mais qui existent au Maroc :

· les conditions de vie des animaux sauvages gardés en captivité au Maroc pour être vendus ou présentés aux touristes dans les souks,

· les conditions de l'élevage animal qui reste très artisanal en dehors des gros centres.

· ou les souffrances que subissent actuellement les animaux lors de pratiques d’abattage non conformes à l’enseignement religieux,

. mais encore les tortures infligées aux animaux par les pratiques de sorcellerie encore répandues au Maroc.



(*) associations locales ou nationales, parfois soutenues par des organisations étrangères comme la Fondation Brigitte Bardot ou encore la SPANA/Maroc (http://www.spana.org.ma/) soutenue par la SPANA/GB.

La SPANA dispose de cinq centres qui sont pourvus de locaux équipés pour les consultations, les traitements et l’hospitalisation des équidés et les chiens et chats

(**) Le RAPAD (Réseau Associatif pour la Protection Animale & le Développement durable au Maroc) consacre toute un page de son site web à replacer la notion de condition animale dans l’Islam. (https://rapad-maroc.org/islam-et-communaute-animale/)




2019/2020 by Isabelle Grasset

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